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Les « bassines » du Poitou-Charentes auront un impact sur les oiseaux !


Réserve de substitution © NE 17-Patrick Picaud

Les 93 réserves de substitution, aussi appelées « bassines », en projet en Poitou-Charentes vont pérenniser une agriculture intensive, responsable du déclin de la biodiversité en milieu agricole. Les espèces d’oiseaux, outarde canepetière, busard cendré, œdicnème criard, qui ont nécessité le classement en site Natura 2000 de certaines plaines du Poitou-Charentes, seront lourdement impactées. La LPO ne comprend pas le positionnement des services de l’État.

Du bon sens ? Non

Capter l’eau de pluie lorsqu’elle est abondante pour un arrosage régulier des cultures relève du bon sens… tous les jardiniers ont équipé leurs gouttières de réserves pour leur potager !

À première vue, la construction de réserves de substitution pour l’irrigation agricole relèverait du même principe, avec la volonté de remplacer une partie des prélèvements estivaux, par de l’eau stockée en hiver dans des bassines.

Mais ne nous y trompons pas ! Telles qu’elles sont envisagées, les réserves contribuent à pérenniser un système à l’origine des maux que le monde agricole connaît aujourd’hui et une agriculture intensive responsable du déclin de la biodiversité en milieu agricole. Mais aussi et surtout, ce n’est pas l’eau de pluie, ni même celle des crues hivernales des rivières, qui est stockée. En effet, la majorité des pompages sont réalisés dans les nappes.

93 réserves réparties en 9 projets par sous-bassins… des effets cumulés ignorés par l’administration !

Quatre-vingt-treize réserves de substitution sont envisagées dans le Poitou-Charentes sous la forme de neuf projets distincts. Financées à 70% par de l’argent public, les dizaines de millions d’euros investis vont figer le modèle agricole du Poitou-Charentes au-delà de 2050.

La LPO déplore que personne n’ait évalué les effets cumulés sur la biodiversité. Projet après projet, Autorité environnementale et Préfets autorisent réserves après réserves, en ignorant l’impact des centaines d’hectares irrigués autour de chacune d’elles. C’est incompréhensible !

Les effets sont pourtant bien connus : parcelles de très grandes tailles, monoculture, arasement des haies… qui conduisent à l’érosion de la biodiversité. Les oiseaux spécialistes des milieux agricoles connaissent le plus fort déclin avec -38% en seulement 30 ans. Soit un déclin 2,5 fois plus rapide que celui de l’ensemble des oiseaux, -15% en 30 ans toutes espèces confondues (http://www.vigienature.fr/fr/observatoires/suivi-temporel-oiseaux-communs-stoc/resultats-3413). Ce constat a été confirmé à l’échelle du Poitou-Charentes à l’occasion de l’analyse du suivi des oiseaux communs (cf. article paru le 25 mars 2021).


Mâle d’outarde canepetière en parade nuptiale © Guy Renaud/LPO

La dernière population d’outarde migratrice d’Europe impactée

Pourtant le Poitou-Charentes a des très fortes responsabilités dans la conservation des oiseaux de plaines : busards, œdicnème criard et, bien évidemment, outarde canepetière. Cette dernière espèce, dont la population migratrice d’Europe a connu une diminution de 95% de ses effectifs entre 1976 et 2000, fait l’objet de zones de protection spéciale (ZPS) et de mesures agroenvironnementales (MAE) dans le Poitou-Charentes. Et pour cause, à l’échelle de l’Europe, cette population migratrice n’est plus présente que sur le Poitou-Charentes (80 % des effectifs), sur le Maine-et-Loire, l’Indre et l’Indre-et-Loire.

Or comme le montre la carte, bon nombre de réserves sont sur ou à proximité des ZPS et MAE Outardes. De plus, la construction des réserves éloignées des ZPS sera une entrave à une possible reconquête des outardes en Poitou-Charentes, objectif du 3e Plan national d’action en faveur de l’espèce.

Pourquoi les services de l’État font-ils fi de l’énergie et des moyens humains et financiers importants mis dans la conservation de l’outarde et des autres oiseaux des plaines ?

La LPO soutient les agriculteurs

Pour la LPO, il ne s’agit pas d’une position de principe, ni même d’agribashing, car nous soutenons les agriculteurs qui s’engagent, nombreux, dans une transition vers l’agroécologie. Nous félicitons d’ailleurs les irrigants du bassin du Clain, qui ont divisé par deux ou par trois leurs volumes de prélèvement, pour permettre le retour à un bon état de la masse d’eau, alors que, dans le même temps, les irrigants impliqués dans les projets de bassines sur ce même bassin obtiennent, année après année, des dérogations pour des volumes supplémentaires.

Nous demandons à l’État de ne plus utiliser l’argent du contribuable pour financer de tels projets aberrants et de transférer ces budgets colossaux vers des pratiques agricoles favorables à la qualité de l’eau et à la biodiversité. C’est le souhait de la société et d’une très grande majorité d’agricultrices et d’agriculteurs.

État d’avancement des neuf projets
L’avancement des projets est divers :

– le projet de la Pallu (6 réserves) est en cours d’instruction ;
– Aume-Couture (9), Auxances (6), Boutonne (21), Clain moyen (15), le Curé (6), Dive-Bouleure-Clain amont (6), Sèvre Niortaise-Mignon (16) sont en premier ou second recours juridiques ;
– le projet de la Clouère (8) est définitivement accepté.
Là où les travaux peuvent être entrepris, les porteurs de projet attendent les finances publiques provenant des Agences de l’eau.

Pour bien comprendre…

Natura 2000, c’est quoi ?

Natura 2000 est une politique européenne de préservation de la biodiversité. Elle s’applique en France sur 13% de la surface du territoire, sur des sites où la préservation d’espèces et/ou de leur habitat a été jugée prioritaire. L’objectif, sur ces sites (appelés ZPS ou ZSC), est de concilier les activités humaines et la protection des espèces. Les aménagements sont donc soumis à une évaluation de leurs incidences sur la biodiversité. Des contrats, comme les mesures agro-environnementales, sont également proposés aux acteurs du territoire pour qu’ils mettent en place des mesures de préservation, dans le cadre de leur activité.

Liste des sites Natura 2000 « Outardes » en Poitou-Charentes : ZPS Plaines de Barbezières à Gourville, ZPS Plaine de La Mothe-Saint-Héray-Lezay, ZPS Plaine de Néré à Bresdon, ZPS Plaine de Niort Nord-Ouest, ZPS Plaine de Niort Sud-Est, ZPS Plaine de Villefagnan, ZPS Plaine d’Oiron-Thénezay, ZPS Plaines du Mirebalais et du Neuvillois, ZPS Plateau de Bellefonds